Les enquêtes épidémiologiques dans le Soulainois, on en est où ?
Partager

Il était une fois un citoyen qui, en 2005, a beaucoup souffert de la mort d’un petit neveu de deux mois et demi. Un bébé qui est né avec beaucoup trop de malformations. Quatre mois plus tard le même citoyen apprend la naissance à venir d’un autre petit neveu bec de lièvre, lui !

Les mamans étaient toutes deux malades de la thyroïde, dont une très sévèrement (Hashimoto).

Intrigué, le citoyen fait des recherches. Il apprend alors que dans sa famille qui habite dans le coin (Ville-sur-Terre – 10200) on dénombre pas loin d’une dizaine de thyroïdites.

Il imagine qu’il s’agit d’un problème génétique, que sa famille est touchée. En fait, pas du tout. Alors il se lance dans toutes sortes de recherches.

Très vite il constate par une simple enquête de voisinage, que dans les villages sous les vents dominants de la poubelle nucléaire de SOULAINES, donc ceux qui ont subi les retombées des nuages de Tchernobyl et des nuages de l’Andra, il y a quantité de cas de pathologies de la thyroïde et de cancers. C’est l’effet du cumul des faibles doses.

Rapidement, on peut dire que pour les cancers de la thyroïde il y a un coefficient 5 par rapport aux chiffres nationaux. Idem pour la vente du Lévothyrox dans les pharmacies du coin.

Il en fait état sur le site villesurterre.com. Il alerte les autorités. On lui répond qu’il n’y a pas assez d’habitants, qu’une enquête épidémiologique est impossible.

Finalement ce sont les courageux voisins haut-marnais Les Citoyens du coin qui obtiennent de leurs élus le lancement d’une enquête épidémiologique, qui sera réalisée par l’InVS. Un institut qui n’a pas l’indépendance que l’on croit.

Les résultats de l’enquête sanitaire montrant un excès de cancers, l’étude sera reprise en modifiant diamètre de référence et période. Il s’agissait de comparer la population à l’intérieur d’un cercle de 15 km, centré sur Soulaines, avec la population de l’Aube et de la Haute-Marne.

La conclusion de l’étude : il n’y aucun problème. Circulez, il n’y a rien à voir. Sauf un petit écart sur la mortalité des cancers du poumon. Donc tout va bien.

Il est simplement conseillé dans le rapport de refaire une enquête tous les deux ans. Nous attendons toujours le lancement de cette nouvelle enquête complémentaire.

 

19 janvier 2017

Michel GUERITTE a adressé ce courrier aux responsables de l’enquête InVS de 2010Étude de mortalité et d’incidence par cancer autour du Centre de stockage de déchets radioactifs de faible et moyenne activité de l’Aube

Quelques remarques et quelques questions :

# Question 1 Dans le paragraphe : 2.11.2 Analyse de morbidité

Dans un premier temps, chez l’adulte, une analyse globale des données d’hospitalisation par pathologie cancéreuse a été réalisée dans les départements de l’Aube et de la Haute-Marne sur la période 2005-2008. Des ratios standardisés d’hospitalisation (SHR) des pathologies étudiées ont été calculés en prenant comme populations de référence la population de la région Champagne-Ardenne et celle de la France métropolitaine. Chez l’enfant, une analyse descriptive des données d’incidence de cancer à partir des calculs des ratios standardisés d’incidence (SIR) a été réalisée dans les départements de l’Aube et de la Haute-Marne.

Dans un second temps, la relation entre le risque de morbidité par cancer et le fait de résider dans un rayon de 15 kilomètres autour du CSFMA a été étudiée en effectuant une analyse par régression de Poisson. Cette analyse de morbidité a été effectuée en distinguant les enfants et les adultes (hommes vs femmes) et uniquement pour les localisations cancéreuses pour lesquelles plus de cinq hospitalisations ou de cas ont été observés dans la « zone des 15 km ». Cette analyse fait appel aux mêmes méthodes statistiques que l’analyse de mortalité.

Les localisations cancéreuses pour lesquelles les hospitalisations et les cas totalisaient un nombre inférieur à 5 ont été éliminées.

J’aimerais savoir quelles localisations n’ont donc pas été prises en compte ?

Dommage pour le sarcome d’Ewing ! Une maladie rare qui m’interpelle du fait que parmi les causes on trouve la translocation.

Si il n’y a que 1 cas de sarcome d’Ewing par an pour 1 million d’habitants, il en survient donc une centaine par an en France !

C’est très peu. Pourquoi un cas autour de Soulaines-Brienne ?

Connaît-on tous ces malades si rares et a-t-on recherché la ou les causes de cette pathologie ?

Quel pourrait-être le point commun à tous ces malades ?

En ce qui concerne la translocation, il est constaté chez les malades des antécédents de consanguinité, des parents malades de cancers, des possibilités de contamination radioactive.

# Question 2 – A propos de l’incidence des leucémies.

Pour l’analyse des données de morbidité chez les adultes, l’unité statistique est le code postal. La « zone des 15 km » autour du CSFMA comprend 154 communes, soit 32 668 personnes, dont 16 120 hommes et 16 548 femmes, d’après le recensement de 1999. (page 8)

La période de référence est : 2005 à 2008 soit 4 années. (page 6)

Dans le tableau morbidité on lit :

Leucémie : 12 + 6 = 18 cas sur 4 ans, soit 4,5 cas par an pour une population de 32 668 personnes

Dans le monde on trouve pour les leucémies aigües une incidence de 4,7 pour les hommes et de 3,7 pour les femmes. Soit une moyenne de 4,2 pour 100 000 habitants/an.

Les incidences pour 100 000 habitants, pour chacune des catégories, varient de 1 à 4 cas pour 100 000 habitants.

Pour le monde entier, on trouve 5 cas pour 100 000 habitants, et on va jusqu’à 9 cas pour certains pays.

On trouve l’incidence des leucémies, toutes formes confondues, sous forme du chiffre total : environ 9 000 personnes chaque année, avec pour année de référence : 2012

Or, en 2012 il y avait 65,68 millions d’habitants.

D’où l’incidence de 13,7 leucémies pour 100 000 habitants.

Pour les 32 668 personnes du rayon de 15 km, le nombre de cas attendus devrait être de 4,47 cas par an.

Donc, à priori, pas de problème. Mais quid des maladies de Hodgkin : 3 + 1 cas – et des lymphomes non-Hodgkinien : 22 + 15 cas – qui pourraient être considérés comme des leucémies ?

Refaisons l’addition :

Leucémie : 12 + 6 = 18 cas

Maladies de Hodgkin : 3 + 1 cas = 4 cas

Lymphome non-Hodgkinien : 22 + 15 cas = 27 cas

Total = 49 cas

Soit : 12,25 cas par an – Au lieu de 4,47 – Que conclure ?

La découverte de 8 cas de leucémies aiguës et autres maladies rares autour de Soulaines est préoccupante. Voir ce dossier.

# Question 3 – Idem avec l’incidence des cancers de la thyroïde.

Dans le tableau morbidité on lit : Thyroïde : 3 + 22 = 25 cas sur 4 ans, soit 6,25 cas par an pour une population de 32 668 personnes

Admettons que les incidences pour 100 000 habitants, pour le cancer de la thyroïde, soient de 10 cas pour 100 000 habitants.

Pour les 32 668 personnes du rayon de 15 km, le nombre de cas attendus devrait être de 3,27 cas par an.

Or vous en dénombrez 25 !!! Soit 7 fois plus !!! – Que conclure ?

# Question 4 La mobilité de la population

Au Paragraphe 2.7, vous dites utiliser une méthode simplificatrice qui ne tient pas compte des départs et des arrivées de la population.

Au Paragraphe 2.7.2, vous dites qu’en 1999, 75 % des adultes qui résidaient dans la « zone des 15 km » n’avaient pas déménagé depuis au moins 10 ans.

Je constate que dans mon village natal, 74% des enfants nés après 1970 n’habitent plus au village. Et, pire, que beaucoup d’entre eux habitent en dehors de la zone des 15 km. Ce qui signifie que des enfants qui entre 0 et 15 ans auraient subi une éventuelle contamination, et seraient aujourd’hui malades, sont partis enrichir les statistiques hors zone !

Ce citoyen c’est Michel GUERITTE.

Il a décidé de prendre le problème par les cornes. il est en train de lancer un Recensement citoyen, comme le fait l’écossais Chris BUSBY.

La démarche est intéressante : elle est basée sur le volontariat. Ce sont les habitants qui, volontairement, décrivent les pathologies, leur nombre et la date de survenue, dans chacune de leur famille.

Le mode de saisie est original. pas de questionnaire papier, pas de formulaire sur internet, mais une saisie simplifiée sur son smartphone, comme pour un vote à l’émission The Voice ou pour l’élection de Miss France. « Pour une leucémie, tapez 1 – pour un cancer du colon, tapez 2…

Nous y reviendrons.

Par ailleurs, aujourd’hui, avec la simple Carte VITALE on pourrait très facilement faire un recensement. En effet un homme de l’art, sait aujourd’hui deviner la maladie en regardant le nom des médicaments.

Notez que dernièrement l’InVS vient d’obtenir le droit de créer des fichiers pour des enquêtes épidémiologiques…